[Publication] À la veille des présidentielles, Marine Le Pen pourrait causer la surprise. Et si elle l’emportait ?

J’ai publié un article à propos de l’élection présidentielle française dans La Conversation

Extrait

À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen se hisse à la seconde place avec 23 % des intentions de vote selon les derniers sondages, tandis qu’Emmanuel Macron est crédité de 27 %.

Si les marges d’erreur des sondages et l’incertitude liée au taux de participation laissent encore planer un suspense, la candidate d’extrême droite affrontera vraisemblablement au second tour le président sortant.

Le duel entre l’un et l’autre ne devrait être remporté qu’avec une courte avance par Emmanuel Macron. Selon le dernier sondage Ipsos datant du 4 avril, le président sortant obtiendrait 54 % des voix, contre 46 % pour Marine Le Pen. Avec les mêmes joueurs, lors des dernières présidentielles de 2017, les sondages étaient alors moins favorables à Marine Le Pen : elle recueillait environ 35 % des intentions de vote.

Emmanuel Macron a finalement gagné l’élection avec 66 % des voix, mais le duel qui s’annonce cette année risque d’être plus serré. La campagne de l’entre-deux tours – avec son lot de défections, de consignes de vote et donc de reports de voix, mais surtout le traditionnel débat entre les candidats — aura une forte incidence.

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https://theconversation.com/a-la-veille-des-presidentielles-marine-le-pen-pourrait-causer-la-surprise-et-si-elle-lemportait-180746

[Conférence] Décentralisation et déconcentration : comment les pouvoirs locaux peuvent-ils être organisés ?

Cette conférence a été délivrée dans le cadre de la soirée-débat organisée par les IPSO, et intitulée : “Le développement local d’un Québec souverain : perspectives de décentralisations” (10 mars 2022)

Introduction

Puisque je suis le premier intervenant, il m’incombe le soin de présenter ce sujet fondamental lorsqu’il faut imaginer ce que pourrait être un Québec indépendant. En effet, la décentralisation et la déconcentration sont des principes qui ont trait à la distribution et à la répartition des compétences entre un organe central (par exemple l’État) et des organes non-centraux (par exemple les régions). Il s’agit bien plus que de politiques publiques, mais de la construction des territoires et de la forme concrète que prend l’État.

Ainsi et dans une première partie, je vous présenterai le modèle québécois de décentralisation. Puis dans une deuxième partie, je me risquerai à ce travail prospectif en imaginant comment les pouvoirs locaux pourraient être organisés.

Le modèle québécois de décentralisation

Habituellement, la décentralisation est définie comme le processus qui consiste à transférer des compétences de l’État vers des entités locales distinctes de lui, tandis que la déconcentration est le processus qui consiste à implanter des administrations étatiques dans des territoires. Ce sont donc deux démarches distinctes.

En Europe, les processus de décentralisation et de déconcentration ont été menés afin de renforcer les territoires, notamment pour affirmer la démocratie locale, pour faciliter la prise de décision au plus près du terrain, pour renforcer parfois la présence de l’État ou – inversement – autonomiser des territoires.

Au Québec, la décentralisation a privilégié afin d’initier le développement économique des territoires, lequel repose sur :

  1. des synergies locales et régionales (d’où la décentralisation);
  2. des relations interrégionales à l’intérieur du Québec (d’où une politique des villes et régions);
  3. une activité des régions à l’échelle internationale. (Proulx 1995, 155)

À vrai dire, cette distinction est très fortement liée à la construction du territoire.

L’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie ou le Royaume-Uni ont des identités locales très marquées. Même si la Révolution française et les diverses unifications ont cherché à détruire ces particularismes pour qu’elles ne concurrencent par la nation hégémonique, force est de constater leur résilience comme c’est le cas pour l’Alsace, la Bretagne ou la Corse si on ne parle que de la France. De même, les collectivités territoriales françaises sont perçues comme des contre-pouvoirs, des lieux de démocratie, face à un arbitraire exercé par l’État central. On retrouve le même phénomène dans toute l’Europe occidentale.

Au Québec, s’il existe également des identités locales marquées comme l’Outaouais, la Beauce, le Lac-Saint-Jean, voire même Montréal, les revendications territoriales se limitent aux questions de développement économique (Dionne et Klein 1993, 231). Ainsi et depuis les premières mesures de décentralisation suite à la Révolution tranquille, la décentralisation s’est longtemps réduite à une relation descendante (top-down) où l’État central concède des moyens financiers aux territoires.  Si depuis 2003, on assiste à une volonté de renforcer la démocratie locale ou d’offrir davantage d’autonomie aux régions, communautés et municipalités, les politiques de décentralisations demeurent hors sol : ne prenant pas en compte les citoyennes et citoyens, restant largement déconcertées et accentuant les disparités en territoire. Le modèle québécois est ainsi plus centralisateur que dans certains pays qui le sont, notamment si on le compare avec la France.

Comment organiser les pouvoirs locaux ?

Avant d’aborder des scénarii pour envisager une meilleure organisation des pouvoirs locaux, je me suis questionné sur ceux privilégiés par les partis souverainistes. Sans grande surprise, ces derniers abordent très peu les questions attenant à la décentralisation et à la déconcentration. « Sans grande surprise » car, en effet, le Parti québécois (PQ), le Bloc québécois (Bloc) et Québec solidaire (QS) reproduisent et questionnent peu le modèle existant.

Ceci pour deux raisons : 1) comme je le mentionnais précédemment, les revendications territoriales se limitent bien souvent à des questions de développement économique par ce que les pouvoirs locaux n’ont pas les compétences d’exiger autre chose ; 2) décentraliser au profit des territoires, c’est également amoindrir le poids et les compétences de Québec face à Ottawa. Il faut donc penser à un aménagement institutionnel qui, à la fois, émancipe les territoires et renforce la construction nationale.

À mon sens, l’équilibre parfait entre ces deux impératifs se trouve dans le principe de subsidiarité. Il est défini comme suit dans la législation québécoise :

« Subsidiarité : les pouvoirs et les responsabilités doivent être délégués au niveau approprié d’autorité. Une répartition adéquate des lieux de décision doit être recherchée, en ayant le souci de les rapprocher le plus possible des citoyens et des communautés concernés »

(Loi sur le développement durable, art. 6.g.)

Néanmoins, ce principe exige – pour être effectif – des autorités réelles, c’est-à-dire muni de pouvoirs décisionnels. Dans un livre intitulé Pour une décentralisation démocratique, publié par Solidarité rurale du Québec aux Presses de l’Université Laval en 2006, des experts concluaient la nécessité de replacer les citoyennes et citoyens au centre notamment en créant des gouvernements locaux et en leur allouant des ressources pour mener des politiques locales.

J’ajoute que bien des exemples de démocratie participative appliquée à la décentralisation ont démontré une forte implication citoyenne et ont nourri un certain sentiment d’appartenance. Je ne citerai ici que l’exemple de Barcelone. La capitale de la Catalogne a associé et impliqué depuis longtemps le tissu associatif dans la décision, facilitant ainsi la création d’espaces de dialogue (Blakeley 2007). Cette initiative a permis que Barcelone soit l’un des rares exemples d’interculturalisme.

Autre principe qu’il faudrait probablement garder à l’esprit : le principe de polycentrisme. Président de la Région Alsace pendant plus d’une décennie, Adrien Zeller appartenait au nombre de ces tribuns locaux comme les régions avec un fort particularisme savent en produire. Dans un livre intitulé : La France enfin forte de ses régions, il proposait une « interrégionalité des coopérations, des structures et des actions menées à l’échelle de plusieurs régions » (2002, p. 169), basée sur un « polycentrisme [qui] fonctionne par relations de coopération ou de concurrence, et non par subordination systématique » (Ibid., p.202). Autrement dit, Adrien Zeller souhaitait que la coopération interrégionale se substitue à un centralisme arbitraire. Il y a dans ce principe ceux de solidarité et de proximité.

Conclusion

Néanmoins, il ne s’agit pas de reproduire arbitrairement ce qui existe ailleurs en espérant que ça fonctionne ici. À mon sens, une décentralisation réussie est celle qui interroge le territoire. On pourrait alors penser à une décentralisation asymétrique, offrant plus ou plus de compétences aux régions, communautés et municipalités en fonction de leur nature, de leur histoire et de leurs spécificités. Ce sera là un pas important vers une maturité institutionnelle, mais plus encore un geste d’émancipation en lui-même puisque le Québec échapperait au modèle colonial qui l’a façonné.

Bibliographie

  • Blakeley, G. 2005. Local Governance and Local Democracy: The Barcelona Model, Local Government Studies, 31 (2), 149-165.
  • Dionne, H., Klein, J-L. 1993. La question régionale au Québec contemporain. Cahiers de géographie du Québec, 37 (101), 219–240.
  • Proulx, P.-P. 199). La décentralisation : facteur de développement ou d’éclatement du Québec. Cahiers de recherche sociologique, 25, 155–180.
  • Solidarité rurale du Québec (dir.). 2006. Pour une décentralisation démocratique. Québec : Presses de l’Université Laval.
  • Zeller, A. 2002. La France enfin forte de ses régions. Glossaire engagé de la décentralisation. Paris : Gualino Éditeur.

[Medias] Guerre en Ukraine. Kiev au coeur des attaques

Dans cet article, j’ai répondu à André Duschesne (La Presse) sur la guerre en Ukraine, prenant compte des représentations politiques et nationales des deux belligérants.

Extraits:

Parallèlement aux attaques, le président de la Russie, Vladimir Poutine, menait l’assaut sur le front politique en incitant les soldats ukrainiens à renverser le président Zelensky et à entamer des pourparlers avec lui. Surprenant ?

« Pas vraiment », répond Étienne Schmitt, professeur adjoint au département de science politique de l’Université Concordia et spécialiste des politiques européennes. « Dans nos sociétés occidentales, mis à part l’assaut du Capitole, il n’y a pas de violences politiques. Alors que, dans la tradition russe, cette violence politique existe. Des opposants politiques sont allés en prison [Alexeï Navalny en est le plus récent exemple]. Je ne suis donc pas surpris de voir Vladimir Poutine s’adresser directement à l’armée ukrainienne pour déloger le président actuel. »

[…]

Étienne Schmitt a une réflexion semblable. « Quand les bolchéviques ont pris le pouvoir, une partie importante de la population ukrainienne était contre et s’est rebellée durant trois ans. Les Ukrainiens se sont dressés plusieurs fois contre Moscou. Même si les Russes gagnent sur le terrain, [les Ukrainiens] disent pouvoir résister pendant des semaines, des mois, des années. »

Lire l’article:

https://www.lapresse.ca/international/europe/2022-02-26/guerre-en-ukraine/kiev-au-coeur-des-attaques.php

[Publication] La Collectivité européenne d’Alsace : un département à dispositions particulières

Je suis heureux de vous annoncer la publication d’un chapitre intitulé : La Collectivité européenne d’Alsace : un département à dispositions particulières, contribution à l’ouvrage collectif dirigé par Nicolas Kada et Andrée Fazi sur les collectivités territoriales à statut particulier en France.

Extrait :

Cliquez ici pour vous procurer l’ouvrage.

Symposium : Enjeux et perspectives de l’élection présidentielle française 2022

Introduction

Après des mois d’une campagne extrêmement tendue, le 10 avril 2022 aura lieu le premier tour de l’élection présidentielle à l’issue duquel seront qualifiés deux candidates ou candidats. Ils auront la lourde tâche de mobiliser leur électorat respectif, de convaincre les abstentionnistes de se déplacer face à l’enjeu, mais également d’obtenir les soutiens des candidates et candidats défaits en prévision du second tour, deux semaines après le premier soit le 24 avril 2022.

Si certaines figures se sont imposées dans le débat public et jouissent d’une certaine notoriété au Québec et au Canada à l’exemple du président sortant Emmanuel Macron, de Marine Le Pen, d’Éric Zemmour et de Jean-Luc Mélenchon, d’autres candidates et candidats à l’instar de Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Sébastien Roussel, Nicolas Dupont-Aignan ou Christian Taubira attirent de plus en plus l’attention des médias internationaux.

Bien que cette élection présidentielle soit souvent présentée par les commentateurs comme une lutte entre des personnalités différentes, clivantes, irréconciliables, ces dernières sont porteuses de propositions, d’un programme, parfois d’une vision de la France, bien plus complexes qu’un simple conflit de personnalités.

Sous le format d’un symposium qui réunirait à la fois des responsables politiques des Français de l’étranger et des universitaires, cet évènement cherchera à présenter pour le public montréalais quelles sont les propositions formulées par les différents candidats et candidates, quels sont les enjeux de cette élection présidentielle et quelles sont les perspectives qu’elle soulève.

L’évènement

L’évènement se tiendra le 7 avril 2022, de 17h00 à 19h30 dans la salle multifonctionnelle LB-322 au sein de la Bibliothèque de Concordia (Concordia Webster Library, Pavillon J.W. McConnell, 1400 Boulevard Maisonneuve Ouest), et en ligne.

L’évènement se déroulera comme suit :

  • 17h00-17h05 : Accueil des participants
  • 17h05-17h15 : Présentation des représentants et des universitaires
  • 17h15-17h30 : Introduction sur les modalités et les enjeux de l’élection
  • 17H30-18h30 : Présentation des mesures phares des différents candidats
  • 18h30-18h50 : Questions des universitaires
  • 18h50-19h15 : Questions du public
  • 19h15-19h30 : Conclusions sur les perspectives de l’élection

La langue d’échange sera le français, mais des questions pourront être posées par l’assistance en anglais.

Inscriptions

Les représentants des candidats seront approchés par l’organisateur du symposium.

Pour vous inscrire comme universitaire (professeurs, post-doctorants et doctorants), vous devez le préciser dans le formulaire consacré.

Attention, le public universitaire et les représentants des candidats seront prioritaires pour les places en présentiel. Les places en présentiel restantes seront attribuées selon la règle du premier arrivé, premier servi.

Les inscriptions se font uniquement en ligne, via le lien suivant :

https://forms.gle/PV2pcXtSfToafCPEA

Pour toutes questions, veuillez contacter l’organisateur :

Etienne B. Schmitt, Ph.D.

Appel à propositions : Les imaginaires nationaux face aux crises

59e Congrès de la Société Québécoise de Science Politique
25-27 mai 2022 à l’Université Concordia (Montréal, Québec)

Organisateur :
Etienne Schmitt, professeur adjoint en sciences politiques (LTA) à l’Université Concordia

Thème :
En définissant l’imaginaire collectif, Gérard Bouchard insiste à la fois sur sa dimension psychologique liée aux émotions qu’il transporte, et sur sa dimension instrumentale liée davantage aux processus qu’il génère. Les pandémies, mais également les conflits armés, les crises économiques, les crises environnementales ou les crises diplomatiques ont des répercussions sur les imaginaires nationaux, altérant conséquemment les représentations de soi et celles des autres. Traumatisantes à l’échelle du groupe, elles contribuent alors à réécrire le récit national, faisant y apparaître de nouvelles figures, de nouveaux mythes et donc légitimant et délégitimant certains énoncés.

Rien qu’en prenant l’année écoulée, les exemples de crises ne manquent pas. Ainsi, le Brexit a ravivé des tensions en Ireland du Nord sur la question frontalière. La guerre en Éthiopie a fait émerger plusieurs nationalismes minoritaires, à l’exemple du Tigrée.  La pandémie de COVID-19 a largement été invoquée par les indépendantistes Kanaks quant à leur boycott du référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie. Ces exemples, provenant de contextes et de nature différents, tendent pourtant à démontrer que la crise – loin d’être extraordinaire – est une construction politique. Paraphrasant alors Clausewitz, Michel Dobry écrit sur ce point qu’il serait tentant de concevoir la crise politique comme « la continuation des rapports politiques par d’autres moyens », faut-il encore interroger ces moyens.

Dès lors, en quoi les crises participent à la construction des nationalismes ?

Pour répondre à cette question, plusieurs sujets sont envisageables :

  • L’analyse des imaginaires nationaux.
  • Les crises référendaires.
  • Les conflits armés et les violences politiques.
  • Les crises climatiques.
  • Les effets de la COVID-19.

Les personnes intéressées par le thème du panel sont invitées à soumettre leur communication au plus tard le 15 avril 2022. Par une étude comparative ou sur un cas unique, elles observeront les changements consécutifs engendrés par les crises sur les imaginaires nationaux, avec une prédilection pour les nations minoritaires et/ou des peuples autochtones. Elles pourront explorer la thématique tant au niveau théorique qu’empirique, selon une approche qualitative, quantitative ou mixte. Le panel sera constitué sans préférence méthodologique ou disciplinaire.

Directives :

  • Échéance : 15 avril 2022.
  • Longueur : 250 mots maximum.
  • Mentions obligatoires : les communications doivent comprendre le ou les prénom(s), nom(s), l’affiliation académique, l’adresse courriel et le titre de la communication.

Pour toutes questions et/ou pour soumettre votre communication, veuillez communiquer avec Etienne Schmitt (etienne.schmitt@concordia.ca).

[Publication] Socialism. Two Centuries of Social Progress

I wrote this chapter: ‘Socialism. Two Centuries of Social Progress’, for the common book edited by Valérie Vézina: Political Ideologies and Worldviews: An Introduction.

Abstract:

Socialism emerged at the beginning of the 19th century in the context of the Industrial Revolution and the rise of capitalism. In two hundred years, it has spread to most of the countries of the world and contributed to extensive social changes. This emergence has given rise to important ideological diversity since many currents are related to it, such as communism, social democracy and eco-socialism. This chapter highlights the distinctive characteristics of socialism while relaying the differences between the currents that claim to be socialist and the contemporary challenges they face

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